Composer avec la rareté: pistes de réflexion sur la situation actuelle du marché du travail en TI

Par Alain McKennaPour accélérer l’embauche de spécialistes dans les TIC ou ailleurs, de plus en plus d’entreprises et de gens d’affaires demandent à Québec et à Ottawa d’accélérer la reconnaissance et les équivalences de l’expertise obtenue à l’extérieur du pays.C’est certainement une des quelques pistes qui aideraient à amoindrir l’effet d’un marché de l’emploi en pleine surchauffe, sur des secteurs à haut taux de diplomation, comme celui des technologies de l’information et des communications (TIC). Mais ce n’est pas la seule! Mentionnons d’entrée de jeu le calcul fait par l’organisme newyorkais Girls Who Code qui rappelle que d’ici 2020, les femmes ne pourraient représenter que 3% des emplois en informatique en Amérique du Nord, si rien n’est fait pour corriger le tir.Au Québec, elles comptent actuellement pour 20% des spécialistes en TIC. Les travailleurs immigrants, eux, représentent pour leur part 27% de la main-d’œuvre de ce secteur. Dans l’édition 2018 de son Diagnostic sectoriel de la main-d’œuvre en TIC, l’organisme TechnoCompétences cite un troisième groupe démographique qui pourrait aussi aider à amoindrir l’effet de la rareté des travailleurs : les gens proches de la retraite qui seraient prêts à prolonger leur carrière de quelques années. Ceux-là comptent pour 10% des gens en TIC de la province.Formation, formation, formation…Dans les trois cas, le mot-clé est simple : formation. Il faut intéresser ces groupes sociaux sous-représentés dans les technos à opter pour une spécialisation ou une réorientation vers ce secteur. Ça commence aussitôt qu’à l’école secondaire, où les studios de jeux vidéo comme Ubisoft Canada font des pieds et des mains pour rappeler à toutes et à tous que le jeu électronique, c’est aussi du design, de la création, de la scénarisation et bien d’autres choses qui vont au-delà du code informatique.Plusieurs entreprises lorgnent également du côté des travailleurs étrangers. Et ça tombe bien, car les professionnel(le)s de partout sur la planète placent le Canada haut dans leur liste de destinations privilégiées si jamais une offre d’emploi les ciblant s’y manifestait. Un rapport du Boston Consulting Group auprès de 366 000 travailleurs répartis dans 197 pays et publié au début de l’automne indique d’ailleurs que le Canada figure au troisième rang des endroits où les répondants déménageraient sans rechigner pour des raisons professionnelles. Ce n’est pas anecdotique : plus de 57% de tous les répondants se disent prêts à déménager sur-le-champ si un emploi leur est proposé!Fait notable : c’est l’échelon le plus haut jamais atteint par le Canada dans ce palmarès annuel, où l’Europe et les États-Unis dominent généralement outrageusement.Vers la fin des diplômes?De là à ouvrir les vannes de l’immigration pour combler tous les postes ouverts du pays, il y a un pas que la Fédération canadienne des entreprises indépendantes (FCEI) franchirait, mais à une condition. Car après tout, n’est pas un travailleur spécialisé qui veut. Ça prend un minimum de formation.Dans cette période pré-électorale (au fédéral), la FCEI en profite pour faire quelques demandes qui aideraient les PME du pays à mieux s’outiller pour leur croissance. Une de ces demandes touche d’ailleurs à cette épineuse question de la formation. «Il faut prendre les moyens nécessaires afin que les PME de tous les secteurs aient accès à la main-d’œuvre dont elles ont besoin, en valorisant les formations professionnelles et techniques», propose l’organisme. «Il est impératif de prendre ces mesures pour que les PME aient accès à la main-d’œuvre dont elles ont besoin », explique Martine Hébert, vice-présidente principale de la FCEI.Dans le cas de travailleurs pour des chaînes d’assemblage ou des entrepôts, on n’a pas besoin de discuter d’équivalences d’études bien longtemps. Pour des secteurs comme les TIC où on exige généralement un diplôme collégial ou universitaire, c’est plus embêtant.Mais pourquoi l’est-ce autant? La question semble manifestement avoir été discutée dans les départements de ressources humaines de plusieurs des plus grandes sociétés technologiques de la planète, puisque depuis peu, au moins une quinzaine d’entre elles ont tout simplement cessé d’exiger un niveau de scolarité particulier auprès des candidats qui postulent pour un nouveau poste chez elles.Parmi celles-là : Google, Ernst & Young (EY), Apple et IBM. Ces grosses pointures ont réalisé que de bonnes notes ne riment pas toujours avec du cœur à l’ouvrage ou du talent, et qu’une expérience «du vrai monde» vaut aussi son pesant d’or. «Les qualifications académiques seront toujours un facteur déterminant quand on considère différents candidats, mais ce n’est plus une barrière à l’entrée», résumait récemment une responsable de l’embauche d’EY, sur le site spécialisé Glassdoor.Des cerveaux de tous horizonsOn conviendra aisément que cette politique n’est pas applicable à tous les coups. Ne devient pas un expert en apprentissage machine ou en manipulation de bases de données qui veut, encore moins sans avoir un peu étudié la question à l’école au préalable.Pour ces besoins plus spécialisés, une reconnaissance élargie de la formation, des compétences et de l’expérience acquises à l’étranger semble être une piste prometteuse. Le programme de visas accélérés mis en place par Immigration Canada l’été dernier s’est avéré un vif succès à ce chapitre, faisant passer de plusieurs mois à deux semaines seulement le temps de traitement d’une demande de permis de travail pour les experts de certains secteurs technologiques intéressés à déménager au pays suite à une offre d’emploi faite par une entreprise d’ici.En trois mois à peine, 2 000 professionnels venus d’autres pays ont pu bénéficier de ce programme, et plus d’une entreprise des TIC a ainsi comblé des postes qui ne trouvaient pas preneurs parmi les travailleurs déjà présents au pays. Personne ne remettait en question ce qu’ils ont appris dans leur pays d’origine…En d’autres mots, pour tous ces postes en TIC que les professionnels actuels ne suffisent pas à combler, il existe des alternatives. Certains employeurs devront peut-être sortir de leur zone de confort et briser de vieilles habitudes d’embauche qui ne ciblent que sensiblement les mêmes sources de nouveaux travailleurs. Mais ils pourraient être surpris de découvrir qu’il y a bien plus de gens prêts à travailler pour eux qu’ils ne l’auraient cru de prime abord.

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