La petite histoire de l’IA à Montréal

1997 : Deep Blue d’IBM bat le maître d’échec Garry Kasparov

2011: Watson d’IBM bat deux champions au célèbre concours de quizz Jeopardy

2016 : Google, Microsoft, DeepMind, Thales, Intel, Nvidia et Facebook investissent dans la recherche… à Montréal

Après 20 ans d’intelligence artificielle (IA), Montréal fait une entrée remarquée dans le milieu. Mais que s’est-il passé?

Années 1980 : la pré-histoire montréalaise

Suite à une période de désenchantement envers les possibilités de l’IA dans les années 1970, les chercheurs œuvrant dans le domaine durant les années 1980 sont considérés en marge du monde informatique.  À cet égard, il est impossible de ne pas mentionner l’influence de Geoffrey Hinton, maintenant perçu comme le parrain de l’apprentissage profond.  À cette époque, Hinton travaillait sur les réseaux de neurones artificiels, conçus d’après le cerveau humain.  Ses recherches, en plus de cumuler les distinctions, ont exploré et continuent d’explorer notamment la perception et le traitement des symboles.

C’est autour de Geoffrey Hinton et de ses travaux que l’Institut canadien des recherches avancées (ICRA) a formé un groupe de recherche pour l’IA et la robotique.  Yann LeCun, un chercheur en intelligence artificielle considéré comme l’un des inventeurs de l’apprentissage profond, et un certain Yoshua Bengio se joignent à l’institut pour prendre part à la recherche.

Années 1990 : Montréal entre dans la conversation

Au début des années 1990, Yoshua Bengio (devenu professeur à l’Université de Montréal), Yann LeCunn et d’autres collègues ont développé un modèle qui permet de reconnaître en partie l’écriture manuscrite. Ces recherches ont notamment mené à un logiciel permettant le traitement des chèques transigés dans les banques d’Amérique du Nord.

Durant cette décennie, propulsée par les recherches de Bengio et LeCunn, l’IA fait des bonds de géant.  Grâce à une approche émergente empruntant le deep learning – les algorithmes des réseaux de neurones artificiels -, les systèmes peuvent par exemple apprendre par eux-mêmes à réaliser des tâches pour lesquelles il serait très ardu de les programmer.  Ces travaux ont jeté les bases de ce qui allait révolutionner l’intelligence artificielle.  Cette branche prometteuse de l’IA a permis de faire renaître l’intérêt et l’engouement pour ce champ de la technologie.

Années 2000 : les chercheurs persistent en période sèche

Suite à une période très faste pour l’IA à Montréal et dans la communauté internationale, le début des années 2000 fut en quelque sorte une période sèche pour l’IA.   Un marketing trop prometteur a généré des attentes auxquelles les produits n’ont pu répondre.  On ne comptait plus que quelques groupes travaillant à l’IA au Canada et à l’international.  Yoshua Bengio n’a toutefois jamais cessé d’y croire.  Preuve à l’appui, il démarre avec Yann LeCun en 2004 le programme sur l’apprentissage automatique de l’ICRA.   Il devient de plus directeur de la Chaire de recherche du Canada en algorithmes d’apprentissage statistique de l’Université de Montréal.  Les travaux issus de la persévérance et la détermination des chercheurs montréalais ont mis les bases à la renaissance montréalaise de l’IA dans les années 2010.

Années 2010 : la renaissance de l’IA à Montréal, mais des défis au Québec

Les années 2010 servent de toile de fond au triomphe de l’apprentissage profond.  L’augmentation de la puissance des processeurs graphiques et la quantité incessamment croissante des données ont véritablement fourni les conditions idéales à l’élévation de l’apprentissage profond au stade de la grande révolution technologique.

Le programme d’apprentissage automatique de l’ICRA, fondé par Yoshua Bengio et Yann LeCun, donne lieu à plusieurs découvertes sur l’apprentissage profond.  LeCun travaille désormais pour Facebook, alors que Bengio reste du côté de la recherche fondamentale.  Il fonde l’Institut des algorithmes d’apprentissage de Montréal (MILA), avec la collaboration de l’Université de Montréal et l’Université McGill, tout en occupant la direction scientifique de l’Institut de valorisation des données (IVADO).  Les avancées de l’IA sont bien concrètes, qu’il s’agisse des assistants vocaux comme Siri et Alexa, de la reconnaissance vocale, de la recherche d’images en ligne et de la technologie financière, par exemple. Cette montée en flèche de l’apprentissage profond provoque toutefois des questionnements importants sur ses applications.  En 2015, Bengio cosigne avec des figures de proue comme Stephen Hawking, Elon Musk et Steve Wozniak, une lettre ouverte (non disponible en français) demandant d’interdire les armes autonomes, appelées « robots tueurs ».

Ce n’est pas le seul questionnement qui préoccupe le secteur.  L’exode des cerveaux vers la Silicon Valley demeure un problème pour lequel le domaine n’est pas immunisé.  Les salaires faramineux en attirent plusieurs, mais un bassin d’irréductibles chercheurs en IA décide de rester au Québec.  Parce que si les débuts de l’IA au Québec sont montréalais, les années 2010 voient naître des entreprises en IA au Québec.  La présence de ces chercheurs incite Google, Microsoft, DeepMind, Thales, Intel, Nvidia et Facebook à investir au Québec.

Et l’avenir?

Des chercheurs et entrepreneurs montréalais émergent et travaillent à façonner l’avenir de l’IA à Montréal.  Hugo Larochelle dirige la pratique de Google Brain à Montréal.  Joelle Pineau enseigne à l’Université McGill en plus de diriger le Facebook Artificial Intelligence Research (FAIR) Lab de Facebook.  Jean-François Gagné, co-fondateur et pdg d’Element AI, met à profit les dernières découvertes en IA au service des entreprises.  Si des défis font certainement partie de l’avenir de l’IA à Montréal et ailleurs, il n’y a pas à douter qu’une relève se prépare et que l’histoire est loin d’être terminée.

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