Construire une bonne politique d'utilisation de l'IA
Sur l’importance d’une politique IA dans tous les domaines
Lundi (oui, oui, le 21 septembre), un compte anonyme nommé Balance ton Claude publie, sur la plateforme X, une analyse de certains passages du livre C’était ça ou mourir de Thélyson Orélien par Pangram, un logiciel d’analyse de contenu rédigé par l’IA. Selon le compte, l’analyse est sans équivoque, le contenu du roman a été généré par l’IA.
Cette analyse soulève plusieurs problèmes, celui qui nous intéresse n’est peut-être pas ce qui soulève les foules en ce moment. Thélyson Orélien n’est pas le premier auteur à se faire accuser d’avoir utilisé l’IA. Plus tôt cette année, un critique de livre a avoué avoir demandé de l’aide de l’IA générative pour une critique de livre et plusieurs autres auteurs américains et britanniques se sont aussi fait taper sur les doigts. C’est un problème de notre époque.
Cependant, ce que ça soulève, c’est un manque de maturité de la part de plusieurs secteurs d’activité en ce qui a trait aux différents codes de conduite sur l’utilisation de l’IA générative dans les organisations et les bonnes pratiques d’une politique d’utilisation de l’IA dans les entreprises.
Construire une bonne politique d’utilisation de l’IA
Prenons l’exemple de TechnoCompétences, l’année dernière une situation fâcheuse nous a poussé à développer une politique d’utilisation de l’IA. Pour ce faire, nous avons lu des politiques d’utilisation d’IA disponibles, nous avons consultés nos employés sur leurs usages. En équipe, nous nous sommes posés beaucoup de questions et nous avons su rédiger une politique qui encadre nos pratiques et celles de nos fournisseurs quant à la transparence sur l’utilisation de l’IA.
L’idée était de réfléchir à comment nous créons du contenu, ce qui est un risque réputationnel et quelles sont les bonnes pratiques d’utilisation de l’IA dans notre réalité organisationnelle. En tant que comité sectoriel de la main d’œuvre dans le secteur des technologies du numérique, nous nous devons d’être à l’avant-garde sur nos politiques et nos pratiques dans l’utilisation de l’IA.
Cette politique d’IA ne nous protège pas de faire des erreurs. Elle nous permet d’être transparents quant à nos usages de l’IA envers nos partenaires et aussi d’ouvrir la discussion de leur usage de l’IA. Ainsi, la politique ne reste pas figée, elle est en révision pour nous permettre de mieux soutenir le travail de l’ensemble de l’équipe en regard de l’utilisation de l’IA.
L’IA génératif génère, c’est tout
Avec toute cette complexité de la réalité organisationnelle, ça aide vraiment d’avoir une philosophe comme directrice générale. Elle ne cesse de nous rappeler que l’IA générative génère des données, pas de l’information, ni de la connaissance. Elle répète aussi souvent que les agents d’IA n’ont pas de mémoire et que l’on n’entre pas en discussion avec l’IA. L’IA ne peut pas sentir, ressentir, il n’a pas de sentiment non plus. Tout ce qu’il nous donne, c’est une donnée la plus probable à notre requête.
Il faut questionner nos réflexes d’utilisation de l’IA, pour se demander si l’illusion du gain de temps est bel et bien réelle. Si pour corriger des fautes d’orthographe, l’IA générative semble nous aider, que nous coûte-t-elle nous coute vraiment? Moins de temps à questionner et à apprendre sur les règles de grammaire qu’on trouve difficile. Bien sûr, nous devons produire les idées, remanier les tics de l’IA qui nous fait passer pour une machine, et essayer le plus possible de bien communiquer ce que l’on veut dire. Faire tout cela, c’est prendre le risque bien humain, trop humain, de s’exprimer par écrit. Ce qui est en soi, quelque chose de difficile et complexe.
C’est aussi pour cela que notre politique d’utilisation de l’IA demande une transparence sur son utilisation. En effet, quand un texte est généré par l’IA, nous nous devons de le dire. C’est aussi un frein à son utilisation excessive.
Une responsabilité d’affaire
Chaque secteur d’activités est touché par la prolifération des outils d’IA générative qu’on nous pousse des outils ou des extensions d’IA comme Google et même dans Monday (pourquoi !!!). Il doit y avoir un système qui permet aux employés de dire qu’ils ont utilisé l’IA générative, un leadership quant aux choix des outils permis et des attentes envers les employés (qui sont humains après tout). Ce faisant, la responsabilisation des employés à l’utilisation de l’IA générative est un devoir des gestionnaires.
Dans tous ces scandales d’utilisation de l’IA pour générer du texte, une question qui me reste en tête, pourquoi accuse-t-on uniquement la personne qui signe le livre, l’article, ou n’importe quoi d’autres quand ce genre de contenu passe par plusieurs autres mains? Qu’est-ce qui fait qu’un éditeur et qu’un réviseur, ne sont pas en mesure de reconnaitre les tics de l’IA générative.
L’IA n’a pas inventé la standardisation des textes. Tout le monde a des petits deuils à faire pour ne pas sonner comme l’IA générative. Reste que comme son utilisation se démocratise, ses tics sont de plus en plus connus. Avec l’IA, on passe à un autre niveau de complexité de standardisation et que c’est un risque réputationnel important pour une organisation que de ne pas se doter d’une politique d’utilisation de l’IA.
Dans toute cette histoire, ce qui est à retenir au-delà de l’usage individuelle de l’IA, c’est la responsabilité de toute organisation quant à l’utilisation de l’IA dans un cadre professionnel. Le risque réputationnel est trop grand et il est bien souvent mis à l’écart des discussions.
Et oui, cet article a été écrit de nos (vraies) mains!
