Quatre visages des technologies financières

Par Alain McKennaÀ mesure que les nouvelles technologies s’imposent dans le monde des applications de nature financière, de nouveaux créneaux apparaissent et se déclinent aujourd’hui sous des appellations distinctes. Si bien que celles qu’on surnomme les fintechs portent aujourd’hui différents autres noms, comme insurtechregtech, etc. Voici un petit guide pour y voir plus clair.FintechLes technologies financières ne sont pas une mince partie du secteur technologique canadien. En fait, au courant de l’été, les investissements dans les fintechs ont poursuivi leur croissance, au pays en général, mais à Montréal et Toronto en particulier, consacrant les rôles de ces deux villes en tant que pôles majeurs dans ce secteur. La firme KPMGétablit à 340 millions $ la valeur des transactions dans ce marché au pays, et compte plus de 50 investissements majeurs depuis le début de l’année, un nombre équivalant presque à la totalité des transactions conclues pour l’ensemble de 2017.«Toronto et Montréal sont devenues des pôles internationaux et des destinations de choix pour les gens cherchant du capital financier ou intellectuel», résume John Armstrong, directeur national des services financiers pour la firme KPMG.Trois facteurs sont à pointer du doigt pour cette situation : d’abord, la main-d’oeuvre qualifiée est reconnue, même à l’extérieur de l’industrie spécialisée des technologies de l’information. D’ailleurs, dans son Diagnostic sectoriel 2018 paru en début d’année, TECHNOCompétences ne manque pas de constater à quel point de plus en plus d’entreprises qui ne sont pas directement associées aux TIC embauchent des professionnels de ce secteur.Plusieurs de ces entreprises sont justement issues du domaine bancaire et financier. RBC, la Banque TD et Desjardins, pour ne nommer que celles-là, emploient non seulement des professionnels des TIC aux tâches plus «traditionnelles», mais elles ont également commencé à garder l’oeil ouvert pour des as de la programmation dans des secteurs comme les mégadonnées (big data) et l’intelligence artificielle.C’est d’ailleurs le troisième aspect qui renforce la réputation du Canada dans les fintechs : la recherche et le développement qui se fait, tant au Québec qu’en Ontario et en Alberta, notamment, dans l’apprentissage machine et d’autres disciplines composant ce qu’on appelle, plus largement, l’intelligence artificielle.InsurtechOutre les institutions bancaires, les compagnies d’assurance canadiennes sont aussi de plus en plus intéressées par les nouvelles technologies si bien qu’on leur a donné un surnom officiel : insurtech. Les technologies de l’assurance, pour ainsi dire.Pour le moment, l’industrie de l’assurance agit comme un investisseur plus ou moins détaché de jeunes pousses qu’elle regarde ensuite croître, pour tenter de flairer dans quel sens ira cette industrie encore toute jeune. Comme les assurances sont souvent liées au secteur de la santé et du bien-être (pensez assurance-vie…), et que cette industrie, au Canada du moins, n’est pas reconnue pour son agilité entrepreneuriale, la logique qui prévaut est qu’il sera probablement plus facile d’avoir du succès en adoptant une solution venant «de l’extérieur» du secteur de la santé et de l’assurance.La société montréalaise Carebook est une de ces jeunes pousses. Créée par un ancien médecin, l’entreprise a mis au point une application mobile aidant les utilisateurs à mieux gérer leur santé, leur activité et leur alimentation, entre autres. Cette application les aide également à trouver les professionnels dont ils ont besoin, d’un nutritionniste à un pharmacien.Ces professionnels de la santé se voient également offrir la chance de simplifier les prescriptions et les communications avec les patients en passant par cette même application, laquelle peut aussi servir d’outil pour les employeurs et les compagnies d’assurance. Les entreprises peuvent ainsi mieux gérer et prévenir l’absentéisme au bureau, et travailler de concert avec l’assureur fournissant une couverture à ses employés afin de s’assurer que les bons services sont offerts.Une application mobile peut sembler simple en surface, mais quand on creuse un peu, on voit comment sa conception peut s’avérer complexe… C’est d’ailleurs ce côté clé en main qui séduit les partenaires de Carebook. Pascale Audette, PDG de la jeune entreprise montréalaise, expliquait récemment que quelques assureurs de renom souhaitaient utiliser ses services dans un avenir rapproché.RegtechAu-delà de la gestion des valeurs monétaires et mobilières, les entreprises doivent aussi se soucier de leur conformité aux diverses lois et règlements qui, de plus en plus, encadrent l’utilisation des technologies, comme les mégadonnées ou même les réseaux sociaux. Pensez seulement au Règlement général sur la protection des données de l’Union européenne (RGPD), ou chez nous, à la Loi C-28 régissant l’envoi de publipostage.C’est un contexte mondial qui s’applique aussi bien au Canada qu’ailleurs. La bonne nouvelle, pour ainsi dire, est qu’il est possible d’automatiser une bonne partie des tâches liées à la conformité aux divers règlements, ce qui, en un mot, a créé un tout nouveau secteur technologique, appelé regtech, pour regulatory technologies, ou « technologies de réglementation ».Comme les autres technologies financières, ce secteur est pour le moment encore bien naissant, mais pourrait être appelé à croître rapidement. Le cabinet canadien Norton Rose Fulbright prédit que cette industrie vaudra à elle seule 6,45 milliards $ en 2020.LegaltechSi on élargit le spectre des lois et règlements encadrant les actions des entreprises à l’ensemble du droit, on tombe alors dans ce qu’il convient d’appeler les technologies du domaine légal, ou legaltech.Ces technologies ne sont pas exclusives au secteur du droit, mais si on avait à en résumer leur rôle, on pourrait parler de technologies certifiant l’authenticité de documents divers, à un tel point de fiabilité que ces documents pourraient être admissibles devant la justice.D’ailleurs, c’est précisément ce que propose la jeune pousse montréalaise Lexop, qui vient de sortir d’un programme d’incubation lui ayant permis de mieux définir son offre. Lexop a développé un outil de messagerie qui s’arrime aux serveurs de courriels d’une entreprise et qui permet de suivre les communications à la trace, certifiant qu’ils ont été transmis, lus, approuvés, et ainsi de suite, le cas échéant.C’est pratique dans un contexte légal, mais même un propriétaire de logement peut s’en servir pour faciliter les échanges avec ses locataires, illustre Amir Tajkarimi, qui a fondé Lexop. « Des sociétés comme Hydro-Québec pourraient aussi réduire les défauts de paiement avec une telle solution », affirme le jeune entrepreneur, puisqu’elle facilite la gestion de la facturation électronique tant pour l’émetteur que pour le destinataire.…en attendant la chaîne de blocs?Quand on pense aux TIC, on ne s’imagine pas traiter de droit, d’assurances ou de transactions bancaires. Mais c’est pourtant ce que les technologies financières font, et elles le font de plus en plus.Mais ce n’est que le premier pas : la chaîne de blocs, le fameux blockchain qui donne vie à de nombreuses monnaies numériques comme le bitcoin, sera peut-être la prochaine évolution des technologies financières, en permettant la création de ce que les experts appellent des « contrats intelligents », des applications automatisant et certifiant des transactions, qui pourraient remplacer, à terme, un avocat, un notaire, un courtier, ou d’autres professionnels agissant souvent à titre d’intermédiaire dans une transaction donnée.Avec son expertise dans les TIC, l’IA et les technologies financières, le Québec est bien positionné pour profiter de ce virage. Les professionnels de la technologie, eux, n’auront jamais eu autant de choix pour faire progresser leur carrière…

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