Questions et réponses avec Erika Rosenberg

Erika Rosenberg, Ph.D., est une sommité internationale de l’étude des expressions faciales.  Ayant publié bon nombre de livres et articles, elle forme régulièrement des professionnels de l’animation et des jeux vidéo partout à travers le monde. 

Cette fascinante diplômée en psychologie enseigne aussi la méditation à Berkeley dans un Centre de recherche de l’Université Stanford.  Fait amusant : elle a participé en tant que consultante au contenu à la série américaine Lie To Me.  

C’est avec beaucoup d’enthousiasme que TECHNOCompétences vous invite à participer à ses ateliers (en anglais seulement) à Montréal les 13 au 17 mai ou les 8 au 12 juillet prochains aux locaux montréalais de l’Université Laval.  

Ses réponses aux quelques questions qui suivent vous en apprendront un peu plus sur cette formation.     

 

Q : Qu’est-ce que le FACS? 

R : Le FACS (Facial Action Coding System) est un système pour mesurer ou décrire tous les mouvements observables du visage.  Le système a été développé sur la base des travaux de Paul Ekman et Wallace Friesen, qui ont passé 8 ans dans les années 1970 à développer cette méthode de mesure du visage. 

Le système est basé sur l’anatomie du visage, les muscles, etc.  Il ne couvre pas seulement les mouvements observables des émotions, mais toutes les actions et tous les petits mouvements que peut faire le visage. 

Les unités élémentaires sont appelées des « unités d’action ».  Une unité d’action correspond à ce que chaque muscle ou groupe de muscles fait quand il se contracte.  Il y a 44 différentes unités d’action du visage.  On peut décrire tout ce qu’on peut observer sur un visage, sur la base de ces unités d’analyse.  C’est ce qui rend le FACS si puissant.   

Q : Quels professionnels peuvent tirer profit du FACS? 

R : Même si le FACS a été développé pour les sciences du comportement, pour ceux qui étudient les émotions; c’est aussi d’intérêt pour ceux qui créent des visages.  C’est dans les années 2000 que j’ai commencé à travailler avec les professionnels des effets numériques

Si vous utilisez de la programmation pour créer un visage, vous pouvez donner des directions sur la base des unités d’action; cette application a été utilisée dans les jeux vidéo, dans les effets numériques pour les films.

Ma première connexion avec des gens créant des humains artificiels était en éducation.  Les gens créaient des tuteurs virtuels.  Il y a aussi des psychologues virtuels ou encore des gens dans d’autres domaines comme en droit, pour détecter les mensonges lors dinterrogations.  

Il y a énormément d’applications incroyables, utilisées dans la robotique, pour la création d’humains synthétiques. Il y a un grand éventail de choses qui peuvent être faites avec le FACS.  Les fondateurs du FACS n’ont d’ailleurs jamais anticipé toutes ces applications. 

Q : Est-ce que la culture peut avoir un impact sur le FACS?  Est-ce que les gens du Québec vont avoir les mêmes mouvements du visage qu’ailleurs? 

R : Le système été développé à partir des travaux d’Ekman et Friesen, qui s’intéressaient à l’universalité de l’expression faciale des émotions.  Ils ont trouvé des preuves partout dans le monde, même dans des cultures pré-alphabétisées comme en Papouasie-Nouvelle-Guinée notamment, que pour un petit ensemble d’émotions de base, comme la colère, la peur, le dégoût, la tristesse, le bonheur, la surprise, il y avait des signaux universels que des gens de partout dans le monde reconnaissent. 

La question était « si nous avons cette cohérence dans la reconnaissance, pouvons-nous mesurer le visage pour trouver comment les gens ressentent les émotions? » 

C’est ce qui a inspiré cette tentative de regarder les visages et quantifier ce qu’ils faisaient.  Les questionnements ont évolué à décrire l’entièreté de ce que le visage peut faire.  Le visage peut faire tellement de choses, les émotions n’en sont qu’une petite partie.  Le visage mange, le visage parle  

Si la culture a certes un impact sur les émotionselle n’a pas d’importance avec le FACS.  Pour le FACS, tant que les gens ont un visage, leurs muscles seront les mêmes.  Il s’agit du corps humain : un docteur pourrait effectuer une chirurgie sur un humain à l’autre bout du monde.  Le FACS ne voit pas la culture, ni la race, ni l’âge…  Il y a peut-être des modifications mineures à apporter pour des visages de bébés, par exemple

Quand on apprend à programmer les visages, on recherche les signes dmouvement des muscles.  Avec le mouvement, il y a les plis, les creux, les rondeurs, etc.  Les bébés ont cette couche de graisse additionnelle, ils n’ont pas les mêmes traces de mouvements.  Il y a alors de légères différences dans ce que le programmeur va rechercher dans un visage plus jeune, mais autrement, c’est toujours la même chose. 

Ce qui varie entre les cultures, ce sont les démonstrations d’émotions, les façons jugées appropriées de les montrer.  Ces émotions peuvent être ressenties et exprimées d’une certaine manière, mais elles seront régulées.  Il peut y avoir beaucoup de contrôle ou de sourires pour couvrir les émotions négatives, par exemple.  Un programmeur de FACS saura les repérer.  Il fera de l’analyse image par image; de petits détails peuvent ressortir sous les masques.   

 

Q : Comment apprend-on le FACS? 

R : Avec de la motivation et du temps! Ces deux ingrédients sont essentiels pour apprendre le FACS.  Ce n’est pas facile, ça prend du temps.  Il n’est pas possible de l’apprendre en mode multi-tâche.  Il faut se concentrer, vouloir mettre l’effort.  Il faut une raison pour l’apprendre.  Mais ça vaut la peine; en animation, c’est devenu la norme.  

Participer à mon atelier est certainement la façon la plus agréable de l’apprendre : ça prend moins de temps que de s’y attaquer seul.  On tire avantage de l’environnement de groupe, on a plusieurs visages sur lesquels se baser, on a mes conseils d’experte...  Parce que même si le manuel [FACS Manual] était conçu en ayant l’auto-formation en tête, il est très dense, il contient énormément d’informations, peut-être même plus d’informations qu’on peut en ingérer.  Le manuel était pensé pour être un manuel d’apprentissage, mais aussi un manuel d’utilisateur.  Il comprend beaucoup de références.  Passer au travers par soi-même est très difficile. 

 En 1988, je me suis fait donner un gros cartable et une vidéocassette par Paul Ekman, qui m’a dit : « apprends ça, reviens me voir et on parlera ».  Je l’ai fait, c’est comme ça que je l’ai appris.  L’apprendre m’a pris des efforts considérables.  Même pour l’atelier, on doit se libérer pendant 5 jours, il y a des devoirs, c’est immersif, c’est engageant.  Nous allons programmer ensemble.  Il faut suivre tout le contenu pour vraiment l’apprendre, il faut apprendre à détecter quelles unités d’action sont actives, il y a des examens...  

La raison pour laquelle il faut apprendre de cette façon, surtout pour les gens en animation, c’est qu’il faut vraiment apprendre de la pratique.  Comme pour apprendre de la guitare, on ne peut apprendre d’un manuel, il faut le faire.  La meilleure façon de l’apprendre est de le coder.  Lire sur le FACS n’est pas suffisant. 

En apprenant à programmer le FACS du visage de quelqu’un, on apprend les unités d’action, on apprend la façon dont le visage bouge de manière dynamique, on apprends comment un côté du visage a un grand impact sur l’autre côté, d’une façon qui ne s’apprend pas en lisant simplement le manuel sur le FACS. 

Q : Quel est le plus grand défi avec le FACS? 

R : C’est fastidieux à programmer et c’est chronophage, tant pour la programmation que pour l’apprentissage.  Ça nécessite beaucoup de travail.  Il s’agit danalyser des vidéos image par image.  Si on veut obtenir une minute de contenu vidéo de quelqu’un qui parle, ça peut prendre au-delà de 100 minutes pour programmer cette minute.  C’est pour cette raison qu’il y a eu plusieurs initiatives dans les deux dernières décennies pour automatiser la programmation des visages. 

Il existe d’ailleurs sur le marché des solutions de qualité très variable pour de la reconnaissance d’émotions instantanée basée sur la détection d’unités d’action.  Il reste du travail à faire. 

Merci, Erika Rosenberg, d’avoir bien voulu répondre à nos questions! 

Vous voulez enrichir vos compétences?  On s’y inscrit ici.  

Partager cet article

Share on facebook
Share on google
Share on twitter
Share on linkedin
Share on pinterest
Share on print
Share on email