Les agents IA : de la génération de contenu à l'action autonome
Pendant des années, l’intelligence artificielle répondait à nos requêtes . Aujourd’hui, elle commence à prendre des rendez-vous, à remplir des formulaires et à effectuer des recherches pour nous. Sommes-nous prêts à lui confier autant de pouvoir ?
L’intelligence artificielle passe de la donnée à l’action
Depuis son entrée massive dans nos vies en 2022, l’intelligence artificielle générative est demeurée relativement facile à comprendre. On lui faisait une requête, elle produisait un résultat statistique le plus probable. On lui demandait un résumé, une image ou une reformulation, elle générait un résultat que l’humain pouvait ensuite utiliser, vérifier ou ignorer. Même lorsque la génération de résultat était imparfaite, l’outil restait généralement à l’extérieur de l’action concrète.
Les agents IA font maintenant tomber cette frontière. Ils ne se contentent plus de générer un résultat. Ils peuvent recevoir un objectif, déterminer les étapes nécessaires, consulter des sources, utiliser des outils et accomplir certaines actions au nom de l’utilisateur. Le livre blanc de Google sur les agents les définit justement comme des applications qui tentent d’atteindre un but fixé par l’utilisateur de façon “autonome” en observant leur environnement et en agissant grâce aux outils mis à leur disposition. Ces outils peuvent notamment leur permettre de consulter une base de données, d’envoyer un courriel ou d’effectuer une transaction.
La différence paraît mince, mais elle change tout. Demander à une IA de suggérer trois restaurants reste une forme d’assistance. Lui permettre de choisir le restaurant, de réserver une table et d’ajouter la sortie au calendrier signifie que nous lui accordons un pouvoir d’action. Nous ne jugeons alors plus seulement la qualité de la génération de résultat, nous devons aussi nous demander si nous pouvons lui donner accès à autant d’informations sur nous.
Meta montre jusqu’où cette délégation peut aller
Selon une enquête de TIME, Muse, le nouvel agent IA de META, peut accéder à certaines parties de la vie numérique d’un utilisateur afin d’effectuer des tâches comme faire une épicerie ou annuler un abonnement. Le magazine rapporte aussi que l’agent conserverait des informations sur les relations, les préférences et les objectifs (sa liste de choses à faire, son prochain marathon, son agenda, ect) des personnes qui l’utilisent. Meta a répondu que cette mémoire devait permettre à l’assistant de retenir ce qui compte pour l’utilisateur.
Cet exemple recentre la question, le problème ne réside pas seulement dans la capacité d’un agent à réserver dans un restaurant. Pour agir convenablement, il doit comprendre nos préférences, accéder à nos comptes dans une autre application et retenir une partie de notre contexte. Plus nous souhaitons qu’il soit utile, plus nous devons lui fournir de données et de permissions. La commodité repose donc sur une forme de proximité numérique qui mérite d’être examinée.
Les agents pourraient aussi bouleverser l’économie du Web
Lorsqu’un agent consulte des articles, compare des sources et produit la génération d’une réponse complète, l’utilisateur peut obtenir ce qu’il cherche sans visiter les sites qui ont fourni l’information.
Pendant longtemps, les moteurs de recherche ont reposé sur un échange relativement clair. Ils indexaient les contenus et dirigeaient ensuite les internautes vers les sites d’origine. Ces visites permettaient aux médias, aux entreprises et aux créateurs de générer des revenus publicitaires, de vendre des abonnements ou de développer leur audience, de se faire connaitre, de donner de l’information en échange de dons.
Les données publiées par Cloudflare montrent que cet équilibre se fragilise. En 2025, l’entreprise a observé un écart important entre le nombre de pages consultées par certains robots d’IA et le trafic qu’ils renvoyaient aux éditeurs. Son analyse distinguait aussi les robots utilisés pour l’entraînement, ceux qui alimentaient la recherche et ceux qui intervenaient à la demande d’un utilisateur. Cloudflare a ensuite commencé à permettre aux propriétaires de sites de choisir si les robots d’IA pouvaient accéder à leurs contenus.
Le problème, c’est qu’avec la prolifération des agents IA, c’est l’économie du web et le modèle d’affaire de certaines entreprises qui tombent. Récemment, Amazon a annoncé que le site ne serait plus disponible aux agents IA car l’entreprise tire une grande partie de ses revenus de la publicité à l’intérieur même de ses moteurs de recherches d’objet. Sans que des humains qui la regarde, la publicité ne sert plus à rien.
La sécurité reste loin d’être réglée
Même lorsqu’un utilisateur accepte de partager ses renseignements, un agent peut encore rencontrer du contenu malveillant. Anthropic reconnaît que les agents qui naviguent sur le Web sont particulièrement exposés aux injections de requêtes. Une page, un document ou un courriel peut contenir des instructions conçues pour détourner l’agent de sa tâche initiale. Selon l’entreprise, ce problème demeure non résolu, particulièrement lorsque les modèles peuvent accomplir des actions dans le monde réel.
Le risque augmente donc avec les permissions accordées. Un agent d’IA générative qui peut seulement résumer une page causera probablement moins de dommages qu’un agent IA capable d’ouvrir des comptes, de parcourir des courriels, de remplir des formulaires ou d’effectuer des paiements. L’agent devient plus utile, mais il devient aussi une nouvelle porte d’entrée vers les données et les services auxquels il a accès.
Le NIST travaille d’ailleurs sur des normes consacrées aux agents capables d’agir de façon autonome. Son initiative s’intéresse notamment à la sécurité, à l’identité numérique, les différentes autorisations et aux interactions des humains qui utilisent les agents IA. Son cadre de gestion des risques rappelle aussi que les rôles et responsabilités des humains doivent être clairement définis et que le niveau de supervision nécessaire varie selon la conséquence possible d’une décision.
Nous devrons décider ce qui peut réellement être délégué
Les agents IA peuvent certainement nous faire gagner du temps. Ils pourraient simplifier des processus administratifs, faciliter certaines recherches et rendre des services numériques plus accessibles. Il serait donc trop simple de les présenter uniquement comme une menace.
Le véritable enjeu concerne plutôt le niveau d’autonomie que nous leur accorderons. Réserver une table après une approbation humaine ne présente pas le même risque qu’envoyer un courriel, choisir une assurance ou effectuer un achat irréversible. Toutes ces actions ne devraient pas reposer sur les mêmes permissions ni sur le même niveau de surveillance.
Pendant des années, nous avons évalué l’intelligence artificielle selon la qualité de ses réponses. Avec les agents, nous devrons aussi évaluer la portée de leurs actions, les données qu’ils utilisent et les actions que nous acceptons de ne plus faire par nous-mêmes.
Les agents IA ne veulent plus seulement nous aider. Ils commencent à agir à notre place. La question n’est donc plus de savoir s’ils en seront capables. Nous devons maintenant déterminer jusqu’où nous sommes prêts à les laisser aller.
Références
Anthropic. (2025, 24 novembre). Mitigating the risk of prompt injections in browser use.
Booth, H. (2026, 6 octobre). Meta’s Muse AI agent is building a dossier on you. TIME.
Cloudflare. (2025, 1 juillet). Cloudflare just changed how AI crawlers scrape the Internet-at-large: Permission-based approach makes way for a new business model.
Tome, J. (2025, 29 août). The crawl-to-click gap: Cloudflare data on AI bots, training, and referrals. Cloudflare Blog.
Belson, D. (2025, 28 août). A deeper look at AI crawlers: Breaking down traffic by purpose and industry. Cloudflare Blog.
National Institute of Standards and Technology. (s. d.). AI agent standards initiative. U.S. Department of Commerce.
National Institute of Standards and Technology. (s. d.). AI risk management framework (AI RMF). U.S. Department of Commerce.
National Institute of Standards and Technology. (2023). AI risk management and human-AI interaction (Appendix C). AI Risk Management Framework Resource Center.
Wiesinger, J., Marlow, P., & Vuskovic, V. (2024). Agents. Google Cloud.
