À qui destiner les compétences en IA?
Est-ce que tout le monde a vraiment besoin de développer des compétences en IA? Une récente étude de Télé-Québec sur l’IA générative en audiovisuel soulève la question. Sa conclusion est claire : l’IA ne remplacera pas l’humain, mais elle transformera certains métiers.
L’intelligence artificielle n’est certainement pas le premier bouleversement technologique qu’a connu le domaine des arts et de l’audiovisuel. Pourtant, c’est celui qui fait le plus de dégâts. Dans un récent article publié sur le site de Radio-Canada, on apprend que Télé-Québec vient de terminer une étude de six mois sur l’IA générative dans l’audiovisuel. Des techniciens informatiques y ont testé l’IA générative pour produire de l’animation.
La conclusion est très simple, « l’IA est loin de pouvoir remplacer l’humain, mais elle transformera les métiers de l’audiovisuel. » Ce constat soulève une question importante, même si tout le monde semble s’entendre pour dire que l’IA générative ne peut pas produire des œuvres culturelles d’une qualité comparable à celles créées par des humains, on insiste quand même sur le développement des connaissances et des compétences liées à ces outils. Je suis d’avis qu’il faut comprendre l’IA et apprendre à l’utiliser, mais encore faut-il se poser la vraie question « est-ce qu’on en a vraiment besoin ? »
Il est important de pousser les connaissances de l’IA générative aux bonnes personnes. Est-ce qu’un technicien informatique à les connaissances pour faire de la conception graphique et s’occuper d’un scénario? Peut-être pas, et c’est vraiment correct.
Je gravite autour du domaine de l’audiovisuel depuis plus de 15 ans, et j’ai vu les outils évoluer, se multiplier et devenir de plus en plus simples d’accès. La transformation actuelle n’a rien de nouveau, la technologie a toujours changé les façons de créer, de produire et de diffuser. Mais même si tout devient plus rapide, plus fluide et plus accessible, je crois qu’il reste essentiel que l’humain demeure le centre de la création et non que l’outil le devienne. Parce qu’au-delà des outils, ce sont la sensibilité, le regard, l’intuition et la culture qui donnent sa vraie valeur à une œuvre.
A titre d’exemple, je suis rédactrice, depuis le début de ma carrière. je ne demande pas à l’IA d’écrire mes textes pour moi. Je lui demande de me corriger et de mettre en lumière les lacunes de mes textes.
Là où j’ai un certain malaise, c’est quand on se trompe de cible en matière de développement de compétences. Pourquoi ne pas avoir choisi des personnes hautement qualifiées à faire du dessin, du montage, du son ou de la voix pour tester comment leur pratique artistique peuvent être augmentée grâce à des outils capables de simplifier des tâches répétitives ?
Puisque Télé-Québec est une chaine financée par des fonds publics, elle a le devoir de participer à la culture. En proposant une telle étude, on passe à côté d’un enjeu important en négligeant la souveraineté numérique, surtout lorsqu’on s’appuie sur des IA conçues aux États-Unis, qui n’ont aucun ancrage dans les réalités et les particularités de la culture québécoise.
La réflexion derrière l’implémentation des outils technologiques n’est pas tout à fait au point. Il est important de réfléchir à comment on peut développer les compétences en IA, tout en comprenant les limites et l’importance de l’apport des humains derrière la création d’œuvres artistiques qui participent au visage culturel.
Montrons aux artistes comment l’intelligence artificielle peut les aider dans les tâches pour lesquelles ces IA ont été inventées, pour leur donner de nouvelles compétences. Mais n’essayons pas de transformer toutes les personnes ayant une forte connaissance de la technique en personnes à tout faire pour couper les coûts, il nous en coûtera beaucoup plus cher par la suite.
Par Josiane Stratis et TechnoCompétences
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